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| Enquete express : Commerce ambulant |
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| Écrit par J-S Lia | |
| 04-11-2006 | |
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Carrefour Liberté aux 220 logements, rue Renault, carrefour de la grande mosquée, tous situés dans la commune d'Adjamé, carrefour Belleville à Treichville. Tous ces espaces ont pour dénominateur commun que ce sont des marchés à ciel ouvert. La particularité est qu'on y retrouve à côté des étals surchargés de colifichets, des produits qui ne devaient se retrouver que dans les officines. Ici, on vend, sans se gêner la moindre mesure, des lunettes pharmaceutiques, des seringues de toutes catégories et beaucoup d'autres produits qui ne devraient être délivrés que sur ordonnance. «Vous les journalistes, vous aimez trop gâter mangement (ce qui permet à un individu de subsister, ndlr) des gens. Ici en Côte d'Ivoire, on se connaît. Il y a des boss qui viennent se ravitailler ici. Tu parles de lunettes pharmaceutiques. Ce n'est rien ça. Est-ce que tu sais qu'on vend des antiretroviraux ? Je peux te montrer des boîtes de Zérit 40, de Trizivir. Si tu veux des instruments de médecine, va voir le gars qui est assis devant le poteau là-bas, il doit avoir ça. Si tu veux un produit pour faire avortement, voilà synergon. On n'a rien à cacher, façon les gens vendent médicament chinois et puis on ne leur fait rien, c'est comme ça nous aussi on vend médicaments de Blanc. Et puis y a rien !», explique dans un français approximatif, avec émerveillement à la limite du défi, Ibrahim dit «Le dur», assis devant un lot de lunettes pharmaceutiques, au carrefour Liberté des 220 logements. C'est vrai qu'on connaissait le phénomène des ventes de médicaments dans la rue. Le spectacle de petites filles (généralement elles, comme l'a souligné Ibrahim) tenant sur la tête une cuvette remplie de médicaments ou assises dans un coin de rue, envahit le quotidien des Ivoiriens. Les campagnes maintes fois lancées contre la vente des médicaments dans la rue n'ont rien donné. «Les médicaments de la rue ça tue», a beau avertir le ministère de la Santé publique, rien n'y fait. L'invasion des communes par les médicaments de la rue semble même se renforcer chaque jour davantage, malgré les mesures de répression qui aboutissent parfois à la saisie et la destruction de quantités plus ou moins importantes des médicaments. Le phénomène a essaimé à tel point que, de nos jours, c'est une multitude de localités d'importances diverses qui sont affectées par ce commerce vénéneux. Compte tenu de leur effet, de leur impact et de leur importance, les médicaments de la rue posent à présent un véritable problème de santé publique. Les populations, pourtant sensibilisées chaque fois que l'occasion se présente sur les risques majeurs de santé publique, continuent de s'approvisionner dans la rue. Mais là, transférer toute la pharmacie à la rue, on l'imagine difficilement. Et pourtant ! Le rubicond est franchi Selon Jagger et Solo (comme ils se font appeler), la plupart des médicaments sont issus de dons, de revente ou de détournements depuis des structures de santé. «Nous, on nous livre les médicaments. Notre rôle est de les vendre. A la fin, on se partage les bénéfices», explique Jagger. N'ont-ils pas peur de se retrouver un jour en prison pour vente illégale de médicaments ? «Pourquoi ? Est-ce que les médicaments qu'on vend ne sont pas autorisés ? Ce qui est vendu à la pharmacie, c'est ce qui est vendu ici. Les prix sont largement inférieurs à ce qui se pratique dans les pharmacies. Et nous, on n'a pas besoin d'ordonnance. Dis-nous ce dont tu souffres ou indique-nous tes besoins, et on te satisfait. Par exemple, pour les lunettes pharmaceutiques, il y a des sociétés qui les fabriquent qui nous les livrent. Les degrés de vision sont affichés sur les lunettes. Le client fait son choix et on discute le prix», répond Solo, sans sourciller, feignant sûrement d'ignorer que seule la pharmacie (ou le dépôt pharmaceutique dûment agréé) est l'endroit indiqué pour faire le commerce de médicaments. Plus tard Ibrahim me conduit au carrefour de Belleville. Ici, les seringues sont exposées comme on le fait pour le piment ou le gombo au marché. J'ai atteint ma dose d'étonnement et je m'imagine combien de victimes ces seringues ont déjà eu à faire. Ainsi, quand Ibrahim me propose de retourner à Adjamé dans le rayon de la grande mosquée, je lui explique que ce n'est qu'une enquête-epress. Je suis persuadé qu'il n'a rien compris. Chacun a son métier. En l'absence d'une politique rigoureuse de contrôle des médicaments vendus à la sauvette ou sur les étalages, dans les rues et marchés, la voie est ouverte à tous les abus. Une brèche dont profitent les vendeurs de médicaments qui bravent ainsi la santé des citoyens La question demeure. Le commerce de rue autorise-t-il que soient vendues toutes sortes de produits ? |
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La vente de médicaments dans la rue est endémique dans la plupart des pays africains. Son impact désastreux sur la santé publique en Afrique n'est plus à démontrer. Pourtant, le phénomène se poursuit.